Chez-soi juillet-août 1996

LOUIS
GIROUARD
Paysagiste globe-trotter


PAR DENISE SIROIS

À PEINE DE RETOUR DES PHILIPPINES, LOUIS GIROUARD ENTREPREND AUSSITÔT UNE AUTRE SAISON D'AMÉNAGEMENT PAYSAGER AU QUÉBEC. MAIS DÈS L'AUTOMNE, LE PAYSAGISTE GLOBE-TROTTER S'ENVOLERA DE NOUVEAU VERS L'ITALIE, LE BRÉSIL OU LE COSTA RICA POUR ASSOUVIR LA PASSION QUI LE MÈNE AUX QUATRE COINS DU MONDE : LE JARDINAGE.

Lors d'un séjour en Nouvelle-Zélande, Louis Girouard a reçu comme mandat de débroussailler ce jardin déjà existant. En regroupant une quinzaine de plantes vertes en massifs, il a composé un tableau luxuriant dont le point central est occupé par les nymphéas en fleur.

Quel meilleur moyen de profiter de l'été québécois que ce jardin d'eau aux courbes douces ? Du petit pavillon qui se détache sur un fond de feuillus et de conifères, on peut admirer des nymphéas en fleurs, des iris et des fougères.
Le charme de cette petite cour du Vieux Longueil tient à la répétition de la forme ronde du mobilier, de la terrasse et du bassin, ainsi qu'à la sobriété des teintes de vert et de rose. Le tout est animé par un ruisseau qui coule doucement...
Devant ce grand hôtel de Colombie, le paysagiste a imaginé des massifs au vert soutenu dont les lignes retombantes reprennent les voûtes en plein centre du bâtiment.
D'une sérénité tout orientale, ce jardin aquatique permet à son propriétaire d'y intégere un bonzaï pendant la belle saison.

Élevé au milieu des plantes, Louis Girouard ne s'est pas pour autant destiné tout de suite à l'horticulture. Attiré par les voyages, il a d'abord choisi de devenir cuisinier, un métier qui lui a permis de gagner sa vie ici, aux États-Unis et même au Costa Rica pendant quelques années. Or, un jour qu'il oeuvrait aux cuisines du restaurant Les Trois Tilleuls, sur les bords du Richelieu, il aperçut par la rivière coulant doucement sous un saule pleureur. "Ce soir là, dit-il, je me suis rendu compte que ne voulais plus travailler à l'intérieur et que j'avais besoin d'un métier plus créateur."

Peu après, il troque son tablier de cuisinier contre un râteau de jardinier et acquiert les rudiments de son art en travaillant pour un ami paysagiste. C'était en 1985. Aujourd'hui, Louis Girouard gère sa propre entreprise - jardinier design -, lui offre l'avantage d'implanter des jardins en terre québécoise pendant la belle saison...et ailleurs sur la planète le reste de l'année. "En fait, être paysagiste, c'est un prétexte pour entrer en contact avec le monde", admet cet Ulysse des temps modernes en se remémorant ses plus belles aventures.

Au hasard
des rencontres

En 1990, alors qu'il se trouvait à bord d'un avion filant vers Porto Rico, Louis rencontre un ministre évangéliste qui l'invite chez lui dans son hacienda nichée dans les montagnes. Pendant un mois et demi, il va partager la vie de cette famille portoricaine, occupant son temps à débroussailler le domaine avec le vieux jardinier de la maison. S'il connaît déjà les techniques de jardinage, le jeune Québécois apprend alors les particularités locales reliées au climat tout en découvrant une flore indigène fascinante, recueillie à coup de machette dans la forêt tropicale. "L'odeur dense de l'humidité m'a aussitôt rappelé des souvenirs d'enfance, à St-Hilaire. En plein hiver, nous passions de la maison à la serre de plantes tropicales que mon père, paysagiste lui aussi, avait installée juste à côté." Odeurs, moiteur, couleurs: en réveillant sa mémoire, toutes ces impressions vont favoriser l'émergence de sa vision personnelle en matière de jardin.

Riche de nombreux séjours à l'étranger, Louis Girouard possède une connaissance in situ des plantes exotiques, sans compter sa grande facilité à créer des liens, que ce soit en français, en anglais, en espagnol ou en portugais, Ici ou ailleurs, pourtant, il aborde toujours l'aménagement d'un jardin de la même façon : "D'abord, j'écoute. Puis je demande à tous ceux qui vont vivre dans le jardin d'être présent - même le mari qui dit : "c'est ma femme qui s'occupe de ça!", précise-t-il en riant. J'essaie ensuite de voir quelle ambiance ces gens là recherchent. Ont-il un voisin qu'ils n'apprécient pas ? j'érige alors un écran végétal entre les deux cours. S'ils aiment cuisiner, je plante des fines herbes près de la maison, et s'ils ont de jeunes enfants, j'évite les arbres munis d'épines."

Aux clients qui adorent jardiner, le paysagiste suggère des plantes plus rares, qui exigent plus de soins ; aux autres, il propose plutôt des vivaces faciles à cultiver. Et pour les propriétaires qui s'absentent toujours à la même époque - au mois d'août, par exemple - , il élimine les fleurs qui atteignent leur apogée à ce moment là. Observateur attentif, Louis Girouard cerne ainsi les besoins de chaque client, même lorsque la communication se révèle difficile, comme avec ce riche chinois rencontré à Rio de Janeiro...

L'odeur de
la papaye verte

«Il y a trois ans, raconte le jardinier, un designer m'a présenté à un homme d'affaire chinois propriétaire d'une résidence à Rio. Comme cet homme travaillait très fort, il voulait un jardin où il pourrait se reposer en faisant son taï chi. Notre conversation étant forcément limitée à cause de la langue, je les observais, lui et sa femme; c'est alors qu'il m'est venu des images du film "L'odeur de la papaye verte". Je leur ai donc proposé de visionner la bande vidéo, en portant une attention particulière au magnifique jardin indochinois. Voilà comment nous en sommes venus à un accord ».

Louis Girouard affectionne particulièrement ce projet, où il a pu profiter de la reconstitution du bâtiment pour intégrer son aménagement paysager dans l'architecture. Ainsi, le jardin prend son origine dans la maison avec un rideau d'eau qui s'écoule doucement vers l'extérieur en serpentant sur de grandes pierres plates.

Cette approche originale, le jardinier bohème l'utilise du début à la dernière étape d'un projet. Lorsqu'il rencontre un client, il se présente sans porte folio ni plan, et se contente d'apporter quelques livres pour montrer à quoi ressemble telle ou telle plante. «Je mime le jardin, explique-t-il, gestes à l'appui. D'abord j'explique les points de reliefs, les arbres de grandes tailles qui seront choisis en fonction du type de sol, du degré d'ensoleillement et la couleur de la maison, j'enchaîne ensuite avec les plates-bandes de vivaces le bassin et le ruisseau, des éléments importants puisque que les deux tiers de mes projets sont des jardins d'eau».

Une fois l'entente conclue, Louis et sa dynamique équipe de cinq personnes transforment les lieux en Eden... de petites ou de grandes dimensions. Stimulé par les défis d'envergure, le designer s'enthousiasme en effet tout autant pour les petits projets, que ce soit un minuscule lopin du centre ville en quête de fougère et d'Olivier de Bohème, ou encore une cour d'hôpital délabrée et déprimante, comme celle qu'il a retapée au Népal au début des années 90. Dans tous les cas, cependant, il prône la sobriété car, à son avis, la plus grande erreur commise par les gens d'ici et d'ailleurs concerne la surcharge de sons et de couleurs. D'après lui, une palette harmonieuseet une petite cascade se révèlent, à la longue, bien plus apaisantes.

Brésil, terre
d'accueil

Globe-trotter devant l'éternel, où donc Louis Girouard retourne-t-il le plus souvent ? «Au Brésil, répond-il sans hésiter, pour l'accueil chaleureux que les gens réservent aux étrangers.» Comme il apprécie le caractère multiculturel de Montréal, il ne se sent pas dépaysé parmi les Brésiliens, reconnaissant chez eux une mentalité européenne qui s'épanouit sous les tropiques. C'est également dans ce pays qu'il a fait une de ses rencontres les plus marquantes: «Tout le monde me disait de rencontrer Roberto Burle Marx, LE paysagiste Brésilien qui a signé plusieurs jardins publics du pays. Arrivé à Rio, je l'ai donc appelé, me présentant comme un paysagiste du Canada qui aimerait le rencontrer et il a accepté ! » Par la suite, Louis Girouard a fréquenté la vieille chapelle qu'habite Roberto Burle Marx, et où circule toute une faune de sculpteur, de photographes et d'artistes peintres. «J'ai alors compris dans quelle direction je voulais axer mon travail. Au Québec, le mot paysagiste désigne confusément celui qui conçoit un aménagement, celui qui entretient de la pelouse l'été et qui enlève la neige l'hiver. Or, même si mon entreprise fonctionnait bien en fleurissant des façades de bungalows, j'ai eu le goût de développer davantage mon côté créatif.»

Ce constat déterminant lui a donné un nouvel élan. Cet été, quand il aura terminé l'aménagement d'un jardin juché en haut d'une falaise dans Charlevoix, Louis Girouard prévoit s'envoler pour l'Italie où il va refaire, pour le compte d'une journaliste du magazine OFX rencontrée au dernier SIDIM, un jardin en Toscane. Bref, comme on dit au Brésil : Tudo bem, meu irmào... Tout va bien, mon frère!


Contact: info@louisgirouard.com