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LOUIS
GIROUARD
Paysagiste
globe-trotter
PAR
DENISE SIROIS
À PEINE DE
RETOUR DES PHILIPPINES, LOUIS GIROUARD ENTREPREND AUSSITÔT
UNE AUTRE SAISON D'AMÉNAGEMENT PAYSAGER AU QUÉBEC. MAIS
DÈS L'AUTOMNE, LE PAYSAGISTE GLOBE-TROTTER S'ENVOLERA
DE NOUVEAU VERS L'ITALIE, LE BRÉSIL OU LE COSTA RICA
POUR ASSOUVIR LA PASSION QUI LE MÈNE AUX QUATRE COINS
DU MONDE : LE JARDINAGE.
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Lors
d'un séjour en Nouvelle-Zélande, Louis Girouard
a reçu comme mandat de débroussailler ce
jardin déjà existant. En regroupant une
quinzaine de plantes vertes en massifs, il a composé
un tableau luxuriant dont le point central est occupé
par les nymphéas en fleur.
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Quel
meilleur moyen de profiter de l'été québécois
que ce jardin d'eau aux courbes douces ? Du petit pavillon
qui se détache sur un fond de feuillus et de conifères,
on peut admirer des nymphéas en fleurs, des iris
et des fougères.
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Le
charme de cette petite cour du Vieux Longueil tient à
la répétition de la forme ronde du mobilier,
de la terrasse et du bassin, ainsi qu'à la sobriété
des teintes de vert et de rose. Le tout est animé
par un ruisseau qui coule doucement...
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Devant
ce grand hôtel de Colombie, le paysagiste a imaginé
des massifs au vert soutenu dont les lignes retombantes
reprennent les voûtes en plein centre du bâtiment.
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D'une
sérénité tout orientale, ce jardin
aquatique permet à son propriétaire d'y intégere
un bonzaï pendant la belle saison.
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Élevé
au milieu des plantes, Louis Girouard ne s'est pas pour autant
destiné tout de suite à l'horticulture. Attiré
par les voyages, il a d'abord choisi de devenir cuisinier, un
métier qui lui a permis de gagner sa vie ici, aux États-Unis
et même au Costa Rica pendant quelques années.
Or, un jour qu'il oeuvrait aux cuisines du restaurant Les Trois
Tilleuls, sur les bords du Richelieu, il aperçut par
la rivière coulant doucement sous un saule pleureur.
"Ce soir là, dit-il, je me suis rendu compte que
ne voulais plus travailler à l'intérieur et que
j'avais besoin d'un métier plus créateur."
Peu
après, il troque son tablier de cuisinier contre un râteau
de jardinier et acquiert les rudiments de son art en travaillant
pour un ami paysagiste. C'était en 1985. Aujourd'hui, Louis
Girouard gère sa propre entreprise - jardinier design -,
lui offre l'avantage d'implanter des jardins en terre québécoise
pendant la belle saison...et ailleurs sur la planète le
reste de l'année. "En fait, être paysagiste,
c'est un prétexte pour entrer en contact avec le monde",
admet cet Ulysse des temps modernes en se remémorant ses
plus belles aventures.
Au hasard
des rencontres
En
1990, alors qu'il se trouvait à bord d'un avion filant
vers Porto Rico, Louis rencontre un ministre évangéliste
qui l'invite chez lui dans son hacienda nichée dans les
montagnes. Pendant un mois et demi, il va partager la vie de cette
famille portoricaine, occupant son temps à débroussailler
le domaine avec le vieux jardinier de la maison. S'il connaît
déjà les techniques de jardinage, le jeune Québécois
apprend alors les particularités locales reliées
au climat tout en découvrant une flore indigène
fascinante, recueillie à coup de machette dans la forêt
tropicale. "L'odeur dense de l'humidité m'a aussitôt
rappelé des souvenirs d'enfance, à St-Hilaire. En
plein hiver, nous passions de la maison à la serre de plantes
tropicales que mon père, paysagiste lui aussi, avait installée
juste à côté." Odeurs, moiteur, couleurs:
en réveillant sa mémoire, toutes ces impressions
vont favoriser l'émergence de sa vision personnelle en
matière de jardin.
Riche
de nombreux séjours à l'étranger, Louis Girouard
possède une connaissance in situ des plantes exotiques,
sans compter sa grande facilité à créer des
liens, que ce soit en français, en anglais, en espagnol
ou en portugais, Ici ou ailleurs, pourtant, il aborde toujours
l'aménagement d'un jardin de la même façon
: "D'abord, j'écoute. Puis je demande à tous
ceux qui vont vivre dans le jardin d'être présent
- même le mari qui dit : "c'est ma femme qui s'occupe
de ça!", précise-t-il en riant. J'essaie ensuite
de voir quelle ambiance ces gens là recherchent. Ont-il
un voisin qu'ils n'apprécient pas ? j'érige alors
un écran végétal entre les deux cours. S'ils
aiment cuisiner, je plante des fines herbes près de la
maison, et s'ils ont de jeunes enfants, j'évite les arbres
munis d'épines."
Aux
clients qui adorent jardiner, le paysagiste suggère des
plantes plus rares, qui exigent plus de soins ; aux autres, il
propose plutôt des vivaces faciles à cultiver. Et
pour les propriétaires qui s'absentent toujours à
la même époque - au mois d'août, par exemple
- , il élimine les fleurs qui atteignent leur apogée
à ce moment là. Observateur attentif, Louis Girouard
cerne ainsi les besoins de chaque client, même lorsque la
communication se révèle difficile, comme avec ce
riche chinois rencontré à Rio de Janeiro...
L'odeur de
la papaye verte
«Il
y a trois ans, raconte le jardinier, un designer m'a présenté
à un homme d'affaire chinois propriétaire d'une
résidence à Rio. Comme cet homme travaillait très
fort, il voulait un jardin où il pourrait se reposer en
faisant son taï chi. Notre conversation étant forcément
limitée à cause de la langue, je les observais,
lui et sa femme; c'est alors qu'il m'est venu des images du film
"L'odeur de la papaye verte". Je leur ai donc proposé
de visionner la bande vidéo, en portant une attention particulière
au magnifique jardin indochinois. Voilà comment nous en
sommes venus à un accord ».
Louis
Girouard affectionne particulièrement ce projet, où
il a pu profiter de la reconstitution du bâtiment pour intégrer
son aménagement paysager dans l'architecture. Ainsi, le
jardin prend son origine dans la maison avec un rideau d'eau qui
s'écoule doucement vers l'extérieur en serpentant
sur de grandes pierres plates.
Cette
approche originale, le jardinier bohème l'utilise du début
à la dernière étape d'un projet. Lorsqu'il
rencontre un client, il se présente sans porte folio ni
plan, et se contente d'apporter quelques livres pour montrer à
quoi ressemble telle ou telle plante. «Je mime le jardin,
explique-t-il, gestes à l'appui. D'abord j'explique les
points de reliefs, les arbres de grandes tailles qui seront choisis
en fonction du type de sol, du degré d'ensoleillement et
la couleur de la maison, j'enchaîne ensuite avec les plates-bandes
de vivaces le bassin et le ruisseau, des éléments
importants puisque que les deux tiers de mes projets sont des
jardins d'eau».
Une
fois l'entente conclue, Louis et sa dynamique équipe de
cinq personnes transforment les lieux en Eden... de petites ou
de grandes dimensions. Stimulé par les défis d'envergure,
le designer s'enthousiasme en effet tout autant pour les petits
projets, que ce soit un minuscule lopin du centre ville en quête
de fougère et d'Olivier de Bohème, ou encore une
cour d'hôpital délabrée et déprimante,
comme celle qu'il a retapée au Népal au début
des années 90. Dans tous les cas, cependant, il prône
la sobriété car, à son avis, la plus grande
erreur commise par les gens d'ici et d'ailleurs concerne la surcharge
de sons et de couleurs. D'après lui, une palette harmonieuseet
une petite cascade se révèlent, à la longue,
bien plus apaisantes.
Brésil,
terre
d'accueil
Globe-trotter
devant l'éternel, où donc Louis Girouard retourne-t-il
le plus souvent ? «Au Brésil, répond-il sans
hésiter, pour l'accueil chaleureux que les gens réservent
aux étrangers.» Comme il apprécie le caractère
multiculturel de Montréal, il ne se sent pas dépaysé
parmi les Brésiliens, reconnaissant chez eux une mentalité
européenne qui s'épanouit sous les tropiques. C'est
également dans ce pays qu'il a fait une de ses rencontres
les plus marquantes: «Tout le monde me disait de rencontrer
Roberto Burle Marx, LE paysagiste Brésilien qui a signé
plusieurs jardins publics du pays. Arrivé à Rio,
je l'ai donc appelé, me présentant comme un paysagiste
du Canada qui aimerait le rencontrer et il a accepté !
» Par la suite, Louis Girouard a fréquenté
la vieille chapelle qu'habite Roberto Burle Marx, et où
circule toute une faune de sculpteur, de photographes et d'artistes
peintres. «J'ai alors compris dans quelle direction je voulais
axer mon travail. Au Québec, le mot paysagiste désigne
confusément celui qui conçoit un aménagement,
celui qui entretient de la pelouse l'été et qui
enlève la neige l'hiver. Or, même si mon entreprise
fonctionnait bien en fleurissant des façades de bungalows,
j'ai eu le goût de développer davantage mon côté
créatif.»
Ce
constat déterminant lui a donné un nouvel élan.
Cet été, quand il aura terminé l'aménagement
d'un jardin juché en haut d'une falaise dans Charlevoix,
Louis Girouard prévoit s'envoler pour l'Italie où
il va refaire, pour le compte d'une journaliste du magazine OFX
rencontrée au dernier SIDIM, un jardin en Toscane. Bref,
comme on dit au Brésil : Tudo bem, meu irmào...
Tout va bien, mon frère!
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