B A L I   J A R D I N S

À tous les hivers, après des mois de travail intense dans les jardins montréalais, je plie bagages et je pars à la découverte du monde, de préférence quelque part en bas du 25ème parallèle.

Cette année, direction Bali, un éden tropical au climat semi-humide sillonné de rivières, baigné d'étangs et de fontaines, où la nature sauvage est tout simplement magnifique.

Mais même en vacances la passion pour les jardins ne me quitte pas. N'écoutant que mon courage, j'ai l'audace d'appeler Madé Wijaya, le célèbre paysagiste d'origine australienne, qui compte parmi ses 350 réalisations certains des plus beaux hôtels au monde, le Bali-Hyatt à Sanur, le Four Seasons Resort à Jinbaran, la résidence de David Bowie à Mustique...

«Bonjour. Je suis un paysagiste canadien, et j'aimerais vous rencontrer», Le lendemain, je me retrouve chez lui, à la Villa Bebek, devant un «nasi padang» (poulet au cari). Nous parlons évidemment parler jardins, les siens et ceux d'autres créateurs comme Roberto Burle Max, avec qui j'ai déjà collaboré au Brésil. Une complicité s'installe et il m'invite à séjourner à la Villa.

Je me sens comme un enfant dans un magasin de bonbons. Me voilà promu assistant de celui qui a introduit l'horticulture ornementale à Bali, là où les jardins étaient surtout pratiques et spirituels. On a qualifié son style de Tropical Cotswolds du nom de cette région anglaise connue pour ses jardins romantiques. Les paysages qu'il crée sont d'un tel naturel qu'ils semblent presque négligés.

 

G A R D E N   P A R A D I S E

Every winter, after months of hard work in the gardens of Montreal, I pack my bags and head out to explore the world, usually somewhere below the 25th parallel.

This year, my destination was Bali, a dewy tropical Garden of Eden, criss-crossed with rivers and streams, and studded with pounds and hidden lagoons. Nature here is at its breath-talking wildest.

My passion for gardens follows me wherever I go - even when I'm on vacation. When I arrived in Bali, I mustered my courage and made a call to Madé Wijaya, the famous Australian landscaper who has designed the ground of some of the most famous hotels in the world, including the Bali-Hyatt in Sanur and the Four Season Resort in Jimbaran. He also landscaped David Bowie's estate in Mustique.

"Hello! I'm a Canadian landscaper, and I would really like to meet you." The following day, I found myself in his home sitting in front of a plate of "nasi padang" (chicken curry), discussing-what else? Gardens of course, his and those of other designers such as Roberto Burle Max, with whom I had the honour of working in Brazil. We developed an immediate rapport, and he invited me to stay at his home, called Villa Bebek.

I felt like a kid in a candy store. I had just been promoted to the position of assistant-one of many-to the man who introduced ornamental horticulture to the island of Bali, where gardens had previously been used mostly for practical or spiritual purposes. His style has been used mostly for practical or spiritual purpose. His style has been dubbed Tropical Cotswold, after the English region known for its romantic gardens. The landscapes look so natural they almost seem haphazard.


Mais leur désinvolture n'est qu'apparente. En réalité, ils sont savamment travaillés. On y sent la double influence anglaise et orientale. Ses plans d'eau, par exemple, rectangulaires et couverts de lotus, rappellent ceux des temples hindouistes. L'art y occupe une place privilégiée, sous la forme de sculptures, de bois peints, de poteries, d'objets de fouilles archéologiques, de statues. Et ça, c'est typiquement balinais.

En effet, suite à la présence javanaise sur l'île, l'expression artistique fait partie intégrante de la vie quotidienne. À tel point qu'il n'existe pas de mot «art» proprement dit dans la langue balinaise, celui-ci n'étant pas perçu comme une entité indépendante.

Madé Wijaya dessine lui-même tous les éléments de ses jardins, mobilier, lampes, accessoires différents pour chaque saison. Il crée aussi des salles de bains ouvertes sur des cours intérieures, qui sont de pures merveilles. Il faut dire qu'à Bali, les habitations ne sont pas constituées comme ici d'un seul bâtiment, mais de petites maisons à dormir, à manger, à recevoir, etc. chacune avec sa cour enclose par des murs, afin d'empêcher les démons de pénétrer à l'intérieur.

Pour Wijaya, le jardin est une sorte d'habitation végétale, dont les différentes pièces sont représentées par un paysage particulier. La Villa Bebek comporte pas moins de neuf pavillons et vingt-cinq patios, qui déclinent une incroyable variété de couleurs et de styles. «La création de la beauté est un cadeau pour les dieux», dit le vieil adage balinais. Heureusement, les humbles mortels que nous sommes peuvent aussi en jouir.


This casual appearance is actually the result of careful planning. it reflects a combination of English and Oriental influences. Rectangular ponds covered with lotus flowers are reminiscent of those found in Hindu temples. Art is accorded a place of honour: sculptures, painted wood, pottery, archaeological artefacts and statuary-which is typically Balinese.

The Javanese presence on the island has made artistic expression a part of everyday life. In fact, there is no word as such for "art" in the Balinese language, as it is not perceived as an independent entity.

Madé Wijaya personally designs every aspect of his gardens, including furnishing, lightning and various seasonal accessories. He also creates beautiful bathrooms overlooking interior courtyard. I should explain that Balinese homes consist of several small buildings used for specific purpose-sleeping, eating, entertaining, etc. - Each with its own walled courtyard to prevent the demons from getting in.

In the eyes of Wijaya, gardens are simply homes constructed of plants, where each room is represented by a particular landscape. Villa Bebek contains no less than nine different pavilions and 25 patios, in a variety of colours and styles. According to the old Balinese adage, the creation of beauty is a gift for the gods. Mere mortals are privileged indeed to be allowed to share in it.




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